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samedi 7 avril 2012

Le mouvement étudiant veille...

La hausse des frais de scolarité est plutôt facile à comprendre: le Québec n'a plus d'argent!

Admettons que c'était vrai. 

Comme tout bon père de famille, la question qui devrait logiquement suivre est la suivante: mais où est donc passé cet argent ? Parce que l'État a des revenus; il a aussi des dépenses. Et une gestion comptable se résume à additionner les uns et y soustraire les autres, vous arriverez à un solde. S'il est positif, on est heureux, on fête et on baisse les impôts! S'il est négatif par contre, une correction s'impose: on doit soit hausser les revenus et/ou réduire les dépenses. Ça semble logique, non ? Mais rien n'est plus faux !

C'est pourtant ce raisonnement qui sert de prémisse à l'argumentaire entier du gouvernement entourant la hausse des frais de scolarité.

Toute la question de la répartition et de la provenance des revenus et des dépenses a été évacuée ! On saute aux conclusions comptables en voyant le solde négatif sans se poser de question à savoir comment en sommes-nous arrivés là ? C'est là que ça se corse et que plusieurs décrochent: comment sommes-nous arrivés à réduire une question si complexe à sa plus simple expression pour conclure qu'un solde négatif impose automatiquement une hausse des revenus et/ou une baisse des dépenses ?

Les motifs de la hausse des frais de scolarité ne seraient-ils en fait qu’une immense fraude, comme le fut jadis (et encore !) l’idéal du capitalisme faussement édulcoré par les politiques keynésiennes, suivi par le boom économique de la 2e Guerre, pour ensuite être propulsé par la consommation de masse qui s’en suivit ?

Si à la base, aucune remise en question n'est faite sur les raisons de ce solde négatif, comment réellement s'en sortir sans perpétuer l'erreur ? Certainement pas en augmentant les revenus et en limitant les dépenses: un examen complet de la situation actuelle est capital, mais surtout la remise en question des suites d'événements qui nous ont menées à cet impasse. Le faisons-nous cet examen complet de la situation ? 

Voilà où en est arrivé le mouvement étudiant  qui ne contestait à la base que les frais de scolarité.

Un petit retour en arrière s'impose.

Rappelons que les années 80 et les vagues successives de déréglementation et de déconstruction d'acquis sociaux auraient dû mettre fin à l’idéalisation de l'économie de marché, mais le crédit et son corolaire (l’endettement) compensèrent la perte du pouvoir d’achat des consommateurs dû aux politiques néo-libérales: un respirateur artificiel en attendant de trouver une solution viable, toujours en attente...

Mais si le crédit en a appauvri plusieurs en leur permettant de maintenir leur niveau de consommation sans nécessairement avoir besoin de revendiquer de meilleurs salaires, il en aura enrichi d’autant plus une minorité qui a fait croire à l’augmentation globale de la richesse, tandis qu'elle ne représente en fait que les miettes d’un gros gâteau que se partage la minorité. La majorité survit avec le crédit et les miettes.

Le gâteau grossit donc, les miettes augmentent alors, mais demeurent tout de même des miettes ! La plupart des mouettes n’auront jamais accès au gâteau tant convoité. Mais le gâteau rempli tout de même sa fonction d’entretenir le rêve d’y goûter un jour – et de là sa pertinence. C’est la carotte qui motive l’âne. Sommes-nous tous si bêtes ?

La hausse des frais de scolarité s’inscrit dans la même logique de marchandisation: c’est le crédit privé qui permet au gouvernement d'imposer la hausse des frais de scolarité sans qu’il n'y ait trop d’opposition au sein de la population, du moins, c'est ce qu'il croit. Mais le crédit privé n’a pas toujours été aussi accessible et donc envisagé comme solution de rechange. Sans cet outil, la hausse des frais de scolarité ne serait tout simplement pas envisageable, tout comme ce fut le cas lors de la diminution des acquis sociaux sous les Gouvernements Reagan et Thatcher (années 80) qui influencèrent grandement l'économie mondiale.

Les politiques sociales des Trente Glorieuses, dont le droit à l’éducation qui y est issu, sont en fait des concessions faites par l’occident en réaction au socialisme de l’est: édulcorer le capitalisme et tempérer les excès du libre-marché. Il en résulta deux pactes internationaux distincts (PIDCP et PIDESC) qui n'étaient pas à la base destinés à être scindés en deux. Afin qu'ils soient tous deux ratifiés par la majorité des pays membres de l'ONU, le seul compromis possible était la scission qui donna lieu à deux protocoles respectifs de mise en oeuvre, dont celui du PIDESC qui ne vit le jour qu'en 2008, mais qui n'est ratifié à ce jour que par 8 pays... 

L'on créa donc des droits fondamentaux, les uns (PIDCP) de première et les autres (PIDESC) de seconde classe ou génération. Cette confrontation entre deux idéologies (capitalisme et communisme) fit en sorte que les droits économiques et sociaux du PIDESC furent à tout le moins "tolérés" par l'occident: c'est tout un jeu de négociations que de "plaire" à suffisamment de pays pour aboutir à deux pactes internationaux que ratifieront une majorité de pays, sans toutefois que le second (le PIDESC) ne soit contraignant, faute de protocole de mise en oeuvre...

La fin de la guerre froide et la chute de l’URSS délièrent progressivement la retenue qu’avait l’occident envers le libre-marché pour lui donner plein gaz en réduisant peu à peu les mesures sociales héritées de la période de séduction (New Deal avec Roosevelt, politiques keynésiennes donnant suite aux Trente Glorieuses d’après-guerre), qui n’avait jusqu’alors jamais montré ses vraies couleurs, ses vraies dents. 

La réelle « menace » socialiste étant alors une époque révolue à partir des années 1990, le champ est libre pour le néo-libéralisme pur, concrétisé d'abord par la hausse des frais de scolarité du début des années 1990, tout juste après la chute de l’Union soviétique, et donnant lieu à celle dont nous sommes présentement les témoins. Ce ne serait donc qu'un début...

Mais le mouvement étudiant veille, se présente en chien de garde obstiné, refuse de perpétrer ces mêmes erreurs, refuse l'endettement profitant aux mieux nantis et refuse que croissent les inégalités et les écarts de richesse...

Le mouvement veille...

jeudi 23 février 2012

Petite réflexion sur l’utilité et l’instrumentalisation des études et du savoir.

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Dans un clan, il y a 10 000 ans, des chasseurs s’en allant chasser maîtrisaient bien cet art : ils y consacraient la majeure partie de leur temps, mais ils réussissaient à se nourrir convenablement.

Puis un jour, un faiblot naquit et survécut. Devenu homme, en partie infirme, il était mésadapté pour la chasse. Ça lui valut bien des reproches, car on ne savait que faire de lui : les femmes à leur besogne, les hommes à la chasse. Que faire d’un « ni femme, ni chasseur » ?

Que pouvait-il apporter au clan ? À leurs yeux: Rien, strictement rien. S’il semait quelque chose, c’était bien de la discorde à propos des ressources alimentaires si précieuses qu’il siphonnait sans contrepartie.

Il se mit donc à errer et à observer les chasseurs s’en allant chasser. Et des années de ressources gaspillées en capital humain et en vivres s’écoulèrent…

Le clan, exaspéré de subventionner ce parasite, le bannit. Plus jamais ils ne le revirent. De quoi s’étaient-ils privés? Jamais ils ne le surent.

Ce qu’ils savaient par contre - et de là l'intérêt - c’est qu’une bouche à nourrir n’était plus des leurs, et que dès son départ, tous bénéficiaient d’une ration de plus.

Ça leur suffisait.

Mais qu’avait-il fait ce cancre pendant toutes ces années ?

L’observation lui permit de construire sa pensée et développer des techniques de chasse mieux adaptées. Il développa aussi des armes plus efficaces qui ne nécessitaient non plus de force brute, mais oh combien d’agilité. Ses découvertes s’en allèrent avec lui, plus jamais le clan ne le revit.

Le clan survécut bien des années durant, jusqu’au jour où la nourriture vint à manquer : la croissance des clans rivaux avait décimé tout le gibier en amont. Jamais ils n’avaient vu de telles techniques de chasse, mais surtout, jamais ils n'avaient vu une proportion si petite de chasseurs pour une population si vaste. Que pouvaient-ils tous bien faire ces « ni femmes, ni chasseurs » ? Jamais ils ne le surent...

Le germe d’évolution avait vu le jour en leur sein, mais sans terreau fertile propice à sa croissance.

L’avenir prospère résiderait-il alors dans l’inconnu ?

Certains croient que oui, d’autres savent que non…

Un chasseur sachant chasser, tel un travailleur trop occupé, est parfois limité par ce qu’il sait. Ou serait-ce une grâce bienveillante ?

Et maintenant ?

La société a des postes précis à pourvoir, alors à quoi bon investir collectivement dans un domaine du savoir auquel aucun poste n'est à prévoir, d’autant plus en période d’incertitude économique ?

Mais comme nos ancêtres chasseurs, un travailleur s’en allant travailler sera bien peu porté vers ces questions : ce qui lui importe, c’est de savoir ce qui se retrouvera dans son assiette le soir...

Ça lui suffit…

Ne sommes-nous pas tous fils et filles d’hommes des cavernes après tout ?